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‘HAYÉ SARA - חיי שרה

Tout au long d'un chapitre, la Thora nous donne une profusion de détails concernant les transactions entre Abraham et les fils de ‘Hèt au sujet de la caverne de Makhpéla à 'Hevron. Ce terrain deviendra le caveau familial d'Abraham et de ses descendants. Pourquoi la Thora nous rapporte-t-elle cette négociation dans ses moindres détails?

Rachi essaie de nous expliquer l'importance de cet achat à travers l'étymologie du nom Makhpéla : "double" caveau. Pourquoi double ? 

D ‘abord parce que ce sont des couples qui y seront enterrés et pas n'importe lesquels : Adam et Eve, Abraham et Sara, Isaac et Rébecca, Jacob et Léa. Ensuite parce que, quiconque est enterré à cet endroit est sûr d'avoir droit au monde futur (à la seconde vie).

Comment Abraham a-t-il " découvert" cet endroit où étaient enterrés Adam et Eve? Un peu "par hasard", dans le cadre de l'accueil exceptionnel qu'il avait réservé aux trois "messagers" divins (au début de la Sidra de Vayéra).

Notre texte n'a pas fini de nous étonner. La Guemara Qidouchin (2 a) nous apprend : "La femme est acquise de trois façons : par de l'argent, par un contrat et par cohabitation ". ‘’oubekéssèph mana léi ” demande la Guemara, d'où apprend-on que l'on peut prendre femme en lui donnant de l'argent ? גמר קיחה קיחה משדה עפרון

On le déduit par un procédé analogique.

Il est écrit dans le contexte du mariage : Devarim (24;1) ketiv ha'kha, kiyiqa'h ich ichah, "quand un homme prendra femme," et il est écrit dans notre Sidra Beréchit (23;13) : oukhetiv hatam, natati kessef hassadé qa'h miméni, “j’ai donné l'argent du champ, prends-le de moi”. C'est donc à partir d'un verset tiré de notre Sidra qu'on apprend un des modes d'acquisition en matière de mariage en particulier.

Pour le mariage, cet argent doit être remis par le mari à sa femme devant témoins et c'est à ce moment qu'il prononce la formule ‘haré at meqoudéchèt li. “tu m'es consacrée par cet argent..."

Dans le cas du champ, il y a transaction : Abraham donne l'argent qui lui appartient à Ephron, et quand Ephron l'accepte, Abraham acquiert en contrepartie le champ. Vous remarquerez que le verbe qa'h "prend"qui définit la transaction s'applique non pas à l'action d'Abraham qui acquiert le champ, mais à Ephron qui prend l'argent. Comment se fait-il que les Sages n'ont pas trouvé mieux, comme source scripturaire pour définir ce mode d'acquisition dans le mariage, que cet acte d'Ephron, se situant qui plus est dans le contexte des funérailles de Sara ?

Rav Frankforter propose la réponse suivante : Abraham et Sara représentent dans le projet divin le premier couple qui a réussi sa vie, en ce sens qu'ils ont su trouver derrière les contradictions apparentes qu'offre le monde matériel, l'unité cosmique première.

Le monde, dans son aspect premier, se présente en effet sous forme d'oppositions comme lumière et obscurité, matière et esprit, corps et âme,mal et bien, vie et mort, positif et négatif, bénédiction et malédiction.

Si l'on regarde de plus près, on constate que souvent, ce qui apparaissait comme opposé de façon irréductible, peut être considéré sous l'angle de la complémentarité.

Abraham est désigné, au moment de l'enterrement de Sara, par l’expression ‘haver haniqbar be‘hevrone "l'homme érudit (’Haver) qui sera enterré à ‘Hevron", mais ‘Haver est aussi l'homme qui fait le ‘hibour, la jonction, l'unification entre les contraires. Abraham et Sara ont œuvré toute leur vie pour rapprocher les hommes de leur Créateur, pour combattre l'idolâtrie, c'est-à-dire la multiplicité des dieux, et ramener les gens à la foi en un seul D. ainsi que pour rapprocher les hommes entre eux.

Avec la mort de Sara, cette tâche aurait pu connaître une interruption, la mort aurait pu creuser à nouveau un fossé entre les couples d'opposés qu'Abraham et Sara s'étaient efforcés de rapprocher. En découvrant les corps d'Adam et Eve, entiers dans leur enveloppe corporelle, entourés d'un halo de lumière, Abraham a compris que la vie continuait par-delà la mort, une autre sorte de vie, qui s'inscrivait d'une certaine manière dans la continuité de l'œuvre qu'on avait accomplie dans ce monde.

Pour en revenir maintenant à la question : pourquoi apprendre de ce contexte - la transaction entre Abraham et Ephron- la possibilité de se marier bekéssèph , on peut répondre que le késsèph, l'argent, représente le kissouph, le désir.

Quand on se marie, il ne faut pas se poser comme tsadiq, ignorant les joies matérielles, il ne faut pas refouler les aspirations légitimes du corps, mais il faut aussi savoir que le mariage ne réussit que dans la mesure où il y a échange. Et c'est là le sens de la comparaison avec la “transaction commerciale" : de même qu'Abraham donne de l'argent et reçoit le champ en contrepartie, de même à l'intérieur d'un couple, il faut savoir donner si on veut recevoir en échange.

Si les lois concernant le mariage se situent dans le contexte de la mort de Sara, c'est parce que la réussite de leur vie de couple se juge à l’aune de l'éternité.

Source: Petites Lumières pour le Chabbat, Grand Rabbin Alain Weil

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